Le 12 novembre dernier, une personne a transféré 25.000 bitcoins (soit 339 millions d’euros au cours actuel) sur Bitfinex, une plateforme populaire d’échange de monnaies virtuelles. Pendant plusieurs heures la communauté des traders s’est évertuée à tenter de percer l’identité de ce mystérieux investisseur. Ils redoutaient qu’il déverse ses avoirs sur le marché, risquant par conséquent de faire lourdement chuter le cours. L’investisseur en question a finalement choisi de ménager les nerfs de ses homologues. Le pécule n’a pas été vendu.

Mais cet épisode a permis de mettre le doigt sur une réalité du bitcoin : certaines personnes détiennent tellement d’unités qu’elles peuvent faire basculer le cours en un clic. Pire : en cas d’entente elles pourraient manipuler les cours et s’enrichir sur le dos de millions de petits investisseurs (par exemple en vendant simultanément une grande partie de leurs avoirs, afin de les racheter juste après une fois le cours plus bas). Cette probabilité ne doit surtout pas être écartée, avertit dans Bloomberg Aaron Brown, un ancien du fonds AQR Capital Management. Selon lui, 1.000 personnes détiendraient 40% des bitcoins en circulation.

Spencer Bogart, associé du fonds de capital-risque Blockchain Capital, va encore plus loin : les 100 premières adresses bitcoins du monde contrôlent, selon lui, 17,3% de l’ensemble de la monnaie émise. Les transactions en bitcoins ont la réputation d’être anonymes, mais chacune est associée à une adresse chiffrée qui peut être vue par tout le monde. Il est donc possible de fournir ce type de statistiques.

D’autres professionnels du secteur confirment à leur tour. Pour Kyle Samani, de Multicoin Capital, “ils peuvent certainement se contacter les uns les autres, et ils l’ont probablement déjà fait”. Dans le cadre d’un marché régulé, une telle pratique serait jugée illégale. Mais le secteur du bitcoin s’apparente bel à bien à une jungle. Rien n’empêche un petit groupe d’investisseurs de se partager une information confidentielle et agir sur le cours à leur guise.

Même les petits s’y mettent

Ironie de l’histoire, même les plus petits investisseurs parviennent à s’organiser entre eux. Ils discutent dans des “pump groups”, des espaces de discussion en ligne où ils fomentent des actions coordonnées sur les cours. Les plateformes d’échange ont montré qu’elles avaient conscience du problème. Bittrex a averti le 24 novembre qu’elle suspendrait le compte de tout utilisateur y participant (la sanction peut aller jusqu’à la confiscation d’une partie des avoirs).

Mais ces derniers sont difficiles à identifier. Les moins expérimentés échangent sur Reddit, un réseau social ouvert qui fonctionne comme un forum, tandis que les fraudeurs les plus chevronnés s’organisent sur Telegram, une messagerie chiffrée (et anonyme). L’un des groupes, baptisé PumpKing Community, compte environ 17.000 membres. Et il n’est pas le seul, on relève pêle-mêle Pump.im, Crypto4Pumps, We Pump ou AltTheWay.

L’édition britannique de Business Insider a dévoilé quelques captures d’écran des messages échangés sur ces groupes. Il est aussi décrit comment les volumes d’échange augmentent brusquement après la diffusion d’une incitation à acheter ou vendre sur Telegram…

Source: http://bit.ly/2ytljPV